Qui se cache derrière l’arnaque africaine ?

Vous vous rappelez certainement avoir reçu un de ces obscurs mails en provenance d’un prince Africain vous demandant de vous aider à  transférer son héritage en France, moyennant une forte rémunération.

Pour empocher le pactole, la seule chose à  faire est de donner quelques informations stratégiques: votre adresse ainsi que vos coordonnées bancaires. Après, vous voilà  embarqué dans une foule d’imbroglios qui n’aura qu’un seul et ultime but: vous faire cracher votre argent le plus longtemps possible; soyez les bienvenus dans le monde du 419, dominé par les infatigables Nigériens.

Car il y a de fortes probabilités que l’email que vous avez reçu ait été envoyé de Festac Town, un quartier délabré de la banlieue de Lagos,
au Nigéria. Autrefois, Festac était une ville chic composée de petits immeubles que le gouvernement avait construit à  crédit lors du premier choc pétrolier afin d’y héberger les participants au deuxième Festival mondial des arts et de la culture noire africaine. Le festival avait attiré plusieurs dizaines de milliers de visiteurs du monde entier et la ville est restée longtemps un endroit charmant et agréable.

Mais au cours des années, la situation s’est beaucoup dégradée et les plus riches habitants ont fini par déserter la ville.
Rapidement Festac n’eut plus rien à  offrir à  ses citoyens et notamment à  ses jeunes diplômés. Ces derniers désœuvrés, mais formés aux nouvelles technologies hantent désormais les nombreux cyber cafés qui pullulent dans le quartier. On les appelle les Yahoo Boys.

Dans un premier temps, ils utilisent des programmes tels que Email Extractor pour créer des listes d’adresses. Puis ils écrivent leur texte en soignant particulièrement l’orthographe et la grammaire; ils y injectent même parfois quelques événements réels tels le décès d’une personnalité, ou encore un coup d’état pour accentuer le côté véridique de la missive. Des modèles de lettres circulent également entre les jeunes.

Les Yahoo boys envoient des milliers de ces messages et reçoivent seulement quelques réponses en retour. Ces réponses sont alors transmises à  un autre Yahoo Boy plus expérimenté dans l’art de l’embobinement. Quelques groupes ont également des partenaires en Occident qui se chargent d’accentuer la véracité de l’affaire, voir d’augmenter la pression sur la victime.

Les premiers frais ne sont jamais énormes, rarement au dessus de 1000 dollars, mais lorsque le fruit est mà»r, les sommes peuvent rapidement s’envoler: assurance pour envoi de document, frais d’avocat ou pots de vin envers un officiel pour faciliter la transaction, etc.

Il est difficile de déterminer précisément le montant de ces escroqueries, mais une source américaine l’évalue à  plusieurs centaines de millions de dollars par an, en augmentation constante sur les dernières années.

Avec le temps, on aurait pu croire que l’arnaque finirait par disparaitre, mais il n’en est rien: les 419 continuent de faire des victimes, surtout chez les Nord Américains, beaucoup plus avides d’argent facile que leur cousins canadiens et européens, plus méfiants de nature.

Les arnaqueurs y voit une certaine forme de justice: les 419 punissent les américains pour leur rôle dans l’esclavagisme et dans l’exploitation des champs de pétrole Nigériens. De plus certaines chansons populaires telles que « I Go Chop Your Dollar » ou encore « 419 State of Mind » du groupe Modenine prouvent qu’il existe une certaine fierté voir même une jouissance à  flouer les riches occidentaux.