Pourquoi coder un virus ?

Alors que j’étais étudiant, il y a de cela une vingtaine d’années, je côtoyais un célèbre chasseur de virus qui exerçait dans le monde de l’Amiga. Cette personne est d’ailleurs un de mes meilleurs amis et également lecteur du blog; j’en profite pour le saluer chaleureusement. Cette activité était assez artisanale: des gens envoyaient des exemplaires sur disquette qui étaient alors examinés puis intégrés dans l’antivirus.   A l’époque, il n’y avait que « peu » de virus, et même si le travail ne manquait pas, mon ami arrivait à  absorber tant bien que mal cet activité qu’il faisait en dehors de ses études.

Aujourd’hui, ce ne serait évidemment plus possible, car nous avons affaire à  des millions de virus, vers, chevaux de Troie, sans compter tous les Spywares, Adwares qui hantent l’Internet: heureusement nous disposons d'antivirus tout simplement téléchargeables, comme cloud pour venir contrer tous ces parasites- il faudrait forcément rassembler une équipe tant les proportions d’infection sont grandes. On peut véritablement parler d’épidémie, et ceci dure depuis déjà  de nombreuses années sans que l’on puisse en voir la fin.

Connaissant ce milieu, je me suis penché sur les motivations qui peuvent pousser quelqu’un à  écrire un virus. Vous verrez qu’elles offrent un large éventail de profils bien distincts les uns des autres. Elles sont aussi à  la hauteur du nombre gigantesque de malwares que l’on recense chaque jour.

La première motivation est le défi intellectuel. En effet, ce n’est pas forcément donné à  tout le monde de coder un virus, capable d’infecter des millions de machines. Pour avoir déjà  désassembler quelques virus, il faut parfois une très bonne maitrise technique pour arriver à  produire « quelque chose » de performant. Je vous laisse imaginer le défi que cela représente d’aller inspecter les entrailles de Windows et   pondre un code capable d’exploiter une faille LSASS. Maintenant, la chose est tout de même devenue plus aisée grâce   à  l’utilisation de langages plus simple comme le Visual Basic. Mais le résultat ne sera pas forcément spectaculaire; c’est toujours en assembleur que l’on sera capable d’aller au plus loin dans le codage d’un virus. Le défi est finalement similaire au challenge que l’on peut se lancer dans un sport ou une activité extrême.

La deuxième motivation est la vengeance. Lorsque l’on a été brimé par son employeur, par exemple, il est tellement facile de déposer quelque part « une petite cochonnerie », bien cachée au sein du système d’information qui se déclenchera quelques semaines après notre licenciement départ. Ce genre de chose n’est pas à  proprement parlé un virus, mais plutôt un cheval de Troie; le but n’étant pas de forcément se reproduire, mais juste de nuire à  l’ennemi. Par exemple, on peut imaginer un programme qui, à  chaque redémarrage du PC, va aller effacer aléatoirement un fichier stratégique, comme une DLL par exemple.

Notre troisième motivation est la reconnaissance. Si vous faites partie de ceux dont on se moque tout le temps, parce que vous transportez votre ventre dans une brouette, vous avez beaucoup de chances de rentrer dans cette catégorie. En mal de notoriété, vous cherchez le coup d’éclat, vous faire remarquer et créer un virus peut certainement vous aider dans votre quête. Le seul problème, c’est que vous allez devoir affronter un paradoxe que votre esprit n’arrivera pas à  résoudre: vous voulez être connu, mais vous savez pertinemment que si vous déclarez sur un forum que vous êtes l’auteur du ver Sasser, vous avez beaucoup de chances d’avoir des problèmes avec la justice. Et pour votre gouverne, les sociétés n’embauchent pas les créateurs de virus, il s’agit d’une légende urbaine. De toutes les manières, il est clair que vous allez avoir des ennuis.

Notre quatrième motivation est sans doute la pire des choses, puisqu’il s’agit de terrorisme.Vous ne l’avez peut être pas remarqué, mais l’Internet grouille de cyber-activistes, cyber-anarchistes, cyber-extrême-machin, etc. A l’image du pyromane qui se délecte de la vue d’un feu de forêt, certains ne rêvent que de destruction. Et l’Internet a ceci de fabuleux, c’est qu’il est un formidable terrain de jeu pour les créateurs de virus destructeurs, capables de semer la destruction des systèmes d’exploitations ou des précieuses données. Et je profite de cette occasion pour vous dévoiler comment on a déjà  tenté si ce n’est de détruire l’Internet, mais le ralentir fortement: en lançant un DDOS massif sur les principaux serveurs root.

Et je termine avec la dernière motivation: l’argent. à‰videmment, avec les milliards qui transitent sur l’Internet, il est normal que les bandits de grands chemins se soient attaqués à  ce nouveau territoire. De plus en plus de Botnets sont désormais utilisés pour des malversations financières. Les précédents exploits du Botnet Mariposa ne sont pas là  pour me contredire.

Attaque par mail: botnet et zombie

Il y a quelques jours, j’ai subi une attaque par mail assez violente. J’en profite pour la détailler, et y apporter des commentaires. C’est toujours intéressant de connaitre les techniques des méchants, et puis au cas où je l’aurai oublié, le mail c’est mon dada ;-)

Tout d’abord, j’ai reçu en l’espace de 2 minutes près de 400 mails, et à  ce jour, je continue d’en recevoir sporadiquement mais en très faible quantité. Ce n’est pas à  proprement parler du spam, ni du mail-bombing, mais des bounces (des échecs de livraison). Quelqu’un a utilisé mon adresse publique (sendmail arobase pagasa point net) pour envoyer des courriers non sollicités, et je ne fais que recevoir les erreurs.

La première chose que j’ai constaté est que nous ne sommes plus dans le chemin classique d’expédition du spam. Il y a quelques années, le spammeur utilisait traditionnellement un relai ouvert, un serveur SMTP non sécurisé pour envoyer ses millions de mails. Il n’était alors pas bien difficile de fermer le relai et de passer à  autre chose. Cette technique aurait tendance à  diminuer mais au vue du nombre de tests que j’ai quotidiennement sur https://www.pagasa.net/test-smtp/, elle n’a pas encore complètement disparu.

Aujourd’hui, ce sont bien des centaines de machines qui sont utilisées pour spammer. Ces machines forment un botnet, un réseau de PCs compromis par des failles de sécurité et pilotés à  distance via IRC ou par des requêtes HTML (POST par exemple, pour moins éveiller les soupçons).

Dans mon cas, pratiquement toutes les machines que j’ai repérées sont référencées sur les listes noires comme zombie ou proxy ouverts. Si vous avez un doute sur votre propre machine, vous pouvez tester votre adresse IP via mon script Blacklist.

Ce qui est ennuyeux avec cette histoire, c’est qu’il n’y a aucun moyen d’arrêter le spam en cours, et d’un autre côté, on peut difficilement remonter jusqu’au spammeur en lui même: il faut isoler le zombie et l’inspecter méthodiquement; et encore, on a assez peu de chance de retrouver quoique ce soit: un vrai spammeur ne laisse pas beaucoup de pièces à  conviction derrière lui et il n’est pas impossible qu’il chaine ses opérations en faisant piloter un zombie par un autre :-O

Je n’ose pas imaginer le jour où des attaques de grandes envergures seront déclenchées; j’ai d’ailleurs même déjà  l’impression que c’est déjà  commençé. Les botnets sont sans nulle doute la plus grave menace qui pèse sur l’intégrité de l’Internet.

Au cours de mes investigations, j’ai remarqué que le zombie jouait le rôle d’un agent de transfert (MTA): il est capable d’extraire le MX (Mail Exchanger), ce qui lui permet de communiquer directement avec sa destination, sans passer par un serveur SMTP tiers, celui de son FAI, bien entendu :-)

Mais parfois le zombie détecte la présence d’un serveur SMTP déjà  installé en local et l’utilise pour transporter son mail. J’ai pu ainsi repérer quelques Exchanges piratés. Les entêtes que j’ai récupérés prouvent bien une utilisation locale et non un relayage.

En ce qui concerne le spam en lui même, il est destiné à  un public russe et peut se présenter sous deux formes:
– Un message écrit en russe, à  connotation sexuelle, et invitant à  télécharger un Flash sur Imageshack. Un passage à  l’antivirus n’a rien donné pour l’instant. Je suppose qu’il s’agit d’un cheval de Troie, exploitant une faille Flash et permettant ainsi à  la machine d’incorporer le botnet.
– Le spam en lui même: une invitation au séminaire « UNE VOITURE DANS VOTRE ORGANISATION: comptabilité, fiscalité de l’exploitation » donné par un certain Семенихин Ð’.Ð’, le 26 aoà»t 2008. (Merci Google). Aucune URL n’est présente, juste un numéro de téléphone. Curieux, tout de même de spammer pour un séminaire. (Tentative de discrédit par un concurrent ?)

La chose qui est certaine, c’est que l’Internet est devenu très dangereux.




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