Attaque par mail: botnet et zombie

Il y a quelques jours, j’ai subi une attaque par mail assez violente. J’en profite pour la détailler, et y apporter des commentaires. C’est toujours intéressant de connaitre les techniques des méchants, et puis au cas où je l’aurai oublié, le mail c’est mon dada ;-)

Tout d’abord, j’ai reçu en l’espace de 2 minutes près de 400 mails, et à  ce jour, je continue d’en recevoir sporadiquement mais en très faible quantité. Ce n’est pas à  proprement parler du spam, ni du mail-bombing, mais des bounces (des échecs de livraison). Quelqu’un a utilisé mon adresse publique (sendmail arobase pagasa point net) pour envoyer des courriers non sollicités, et je ne fais que recevoir les erreurs.

La première chose que j’ai constaté est que nous ne sommes plus dans le chemin classique d’expédition du spam. Il y a quelques années, le spammeur utilisait traditionnellement un relai ouvert, un serveur SMTP non sécurisé pour envoyer ses millions de mails. Il n’était alors pas bien difficile de fermer le relai et de passer à  autre chose. Cette technique aurait tendance à  diminuer mais au vue du nombre de tests que j’ai quotidiennement sur https://www.pagasa.net/test-smtp/, elle n’a pas encore complètement disparu.

Aujourd’hui, ce sont bien des centaines de machines qui sont utilisées pour spammer. Ces machines forment un botnet, un réseau de PCs compromis par des failles de sécurité et pilotés à  distance via IRC ou par des requêtes HTML (POST par exemple, pour moins éveiller les soupçons).

Dans mon cas, pratiquement toutes les machines que j’ai repérées sont référencées sur les listes noires comme zombie ou proxy ouverts. Si vous avez un doute sur votre propre machine, vous pouvez tester votre adresse IP via mon script Blacklist.

Ce qui est ennuyeux avec cette histoire, c’est qu’il n’y a aucun moyen d’arrêter le spam en cours, et d’un autre côté, on peut difficilement remonter jusqu’au spammeur en lui même: il faut isoler le zombie et l’inspecter méthodiquement; et encore, on a assez peu de chance de retrouver quoique ce soit: un vrai spammeur ne laisse pas beaucoup de pièces à  conviction derrière lui et il n’est pas impossible qu’il chaine ses opérations en faisant piloter un zombie par un autre :-O

Je n’ose pas imaginer le jour où des attaques de grandes envergures seront déclenchées; j’ai d’ailleurs même déjà  l’impression que c’est déjà  commençé. Les botnets sont sans nulle doute la plus grave menace qui pèse sur l’intégrité de l’Internet.

Au cours de mes investigations, j’ai remarqué que le zombie jouait le rôle d’un agent de transfert (MTA): il est capable d’extraire le MX (Mail Exchanger), ce qui lui permet de communiquer directement avec sa destination, sans passer par un serveur SMTP tiers, celui de son FAI, bien entendu :-)

Mais parfois le zombie détecte la présence d’un serveur SMTP déjà  installé en local et l’utilise pour transporter son mail. J’ai pu ainsi repérer quelques Exchanges piratés. Les entêtes que j’ai récupérés prouvent bien une utilisation locale et non un relayage.

En ce qui concerne le spam en lui même, il est destiné à  un public russe et peut se présenter sous deux formes:
– Un message écrit en russe, à  connotation sexuelle, et invitant à  télécharger un Flash sur Imageshack. Un passage à  l’antivirus n’a rien donné pour l’instant. Je suppose qu’il s’agit d’un cheval de Troie, exploitant une faille Flash et permettant ainsi à  la machine d’incorporer le botnet.
– Le spam en lui même: une invitation au séminaire « UNE VOITURE DANS VOTRE ORGANISATION: comptabilité, fiscalité de l’exploitation » donné par un certain Семенихин Ð’.Ð’, le 26 aoà»t 2008. (Merci Google). Aucune URL n’est présente, juste un numéro de téléphone. Curieux, tout de même de spammer pour un séminaire. (Tentative de discrédit par un concurrent ?)

La chose qui est certaine, c’est que l’Internet est devenu très dangereux.




Vous êtes un administrateur débutant ?


Scraper

Notre petit périple au pays du Blackhat nous a conduit à  voir comment créer un lien avec un site populaire au moyen d’une injection d’URL. Je vous ai également parlé de ces spammeurs de liens qui gagnent beaucoup d’argent grâce à  des techniques de programmation sophistiquées. Et finalement, je vous ai fait une petite démonstration sur l’art de spammer subtilement Google. A ce jour, je n’ai d’ailleurs toujours pas été blacklisté chez eux sur le mot clé que je visais: spammeur. Comme c’est étrange, on nous aurait menti ou alors je travaille peut être chez Google ?

Après ces petites histoires qui nous ont tous bien amusé, je m’attaque à  un autre sujet qui se situe toujours dans la mouvance Blackhat: le scraping. Pour cela, je me ferai aider par un assistant dont on entend beaucoup parler en ce moment:
Sébastien Chabal, le fameux joueur de rugby qui fait le désespoir des coiffeurs.

Le scraper est celui (la personne ou le programme) qui fait le scraping. Je vais expliquer en quoi cela consiste un peu plus tard.
Dans mes autres articles, je me suis focalisé sur la manière de populariser mes sites. Néanmoins, lorsque je crée 1000 sites, si je n’ai pas trop de problèmes à  les faire connaà®tre, j’ai tout de même un souci de taille: où vais-je donc trouver tout le contenu ?
Car pour être rentable, je dois créer des dizaines, voir même des centaines de pages par site. En clair, il me faut des millions de pages à  faire digérer par Google.

Je pourrai engager un indien qui m’écrirait des dizaines d’articles pour quelques dollars, mais cela demande du temps: chercher, poster, négocier, payer, uploader, etc. Bref, cela finirait par me coà»ter un peu cher et mon ROI ne serait certainement pas atteint.

Finalement, comme je m’y connais un peu en programmation, j’ai décidé de faire travailler un peu ma machine, c’est tellement plus simple et surtout moins fatiguant.
En cherchant un peu, je me suis rendu compte de deux choses.

Tout d’abord, tous les jours, des milliers de personnes blogguent des petites bafouilles sur leur vie, leur petites misères et leur passion. Dans ce gigantesque amas d’écrits de plus ou moins bonne facture, je dispose d’un énorme vivier de contenu extrêmement dynamique que je vais récupérer pour mon propre intérêt.

Ensuite, tous les moteurs de recherche ont leur rubrique d’actualités qui contient également une montagne d’écrits qui m’intéressent (On dira plutôt qui intéresse notre ami Google). Maintenant, on pourrait se demander pourquoi ne pas prendre tout simplement des résultats conventionnels de requêtes que l’on mettra en forme.
Non, car les blogs et les actualités évoluent plus rapidement que les bêtes SERPS et risque de beaucoup plus intéresser Google, toujours avide de nouvelles informations et prêt à  surgir à  chaque mise à  jour de mon site.

Donc, pour résumer, moi le scraper, je vais aller piquer du contenu chez les bloggeurs et dans les rubriques d’actualité. Je vais ensuite tout remettre en forme et ajouter des Adsense ou des liens d’affiliation dans les pages ainsi générées. C’est cela le scraping: voler les informations des autres pour construire son propre site.

En guise de démonstration, je vous ai concocté rapidement une petite page scrapée sur notre chevelu national: l’inénarrable Sébastien Chabal.

J’ai commencé par mettre une petite photo sympa, histoire d’amadouer mes « victimes ». Ce sera d’ailleurs la seule partie statique, tout le reste étant généré à  la volée. Ensuite, on trouve un bloc texte, plus ou moins incompréhensible dans lequel on retrouve Sébastien. Ces machins là  viennent de mon scraping sur les blogs. Je n’ai pas trop retravaillé le texte, d’où les caractères cabalistiques et puis les quelques textes étrangers qui se sont immiscés, mais peu importe ce qui compte, c’est de donner à  manger à  Google. La page se termine sur des nouvelles scrapées sur Yahoo.

Voilà , pas mal, non ? En fait, c’est nul à  crever, mais c’est juste une démonstration pour que toi, mon troll préféré, comprennent comment s’y prend le scraper; mais sache qu’il n’y a que quelques lignes de codes vite programmées entre deux bières.

Il y a beaucoup de façon d’améliorer la bête. Tout d’abord, je peux récupérer une base de données contenant des expressions toute faites, dotées d’une sémantique irréprochable. Ensuite, j’y insère mon mot clé, vous savez le joueur de rugby qui casse des mâchoires. Eventuellement, je fais quelques retouches en utilisant des synonymes. Je fais une extraction sur une dizaine d’expressions. Le sens n’aura certainement ni queue ni tête (hum, vous pouvez être parfois très surpris du résultat), mais Google n’y verra rien du tout. Après, je peux insérer une petite vidéo toujours récupérée sur Google, histoire de cosmétiser la page.

Et finalement, j’insère sur la page quelques liens comme suit:
sebastien-chabal-rugby-02.php, sebastien-chabal-coupe-monde-03.php, chabal-sebastien-joueur-04.php qui à  chaque fois vont être une page différente dont le contenu sera scrapé comme pour la première page. La seule différence notable est que pour l’index, je scrape seulement sur le mot clé primaire, ici « chabal », et que plus je m’enfonce dans le site, et plus je serai précis: je cherche à  me positionner sur « sebastien chabal », puis sur « sebastien chabal rugby », etc. Au total si la niche est suffisamment riche, alors je peux espérer créer facilement des milliers de pages à  la volée.

Pour terminer, on va encore me soulever la question de l’éthique, de la morale, des droits d’auteurs, du contenu dupliqué, etc.

Sur le fond, il n’y a franchement rien de moral, c’est clair: on fait de l’argent grâce au travail des autres. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, le scraper a ses principes, ses objectifs et les moyens qu’il met en oeuvre pour y arriver. La technologie permet certes d’engranger rapidement des bénéfices conséquents, mais à  long terme, je doute de la viabilité de ce qui ne sera jamais construit sur un business model cohérent.

Maintenant, comme le disait assez justement Sam: il n’y a rien de personnel dans tout cela.

Spammeur

Dans l’hypothèse où je serai un spammeur cherchant à  bien me positionner sur Google, j’aurai à  ma disposition plusieurs possibilités. Je vous propose ici une petite démonstration.

Tout d’abord, je pourrai me contenter de faire comme un spammeur de liens, à  savoir, générer des tonnes et des tonnes de liens vers mon site. Mais à  la longue, il y a beaucoup de chances que je me fasse éjecter de Google, et perdre ainsi tous le bénéfice lié à  mon activité de spammeur. 10000 nouveaux liens par jour, c’est bien, mais impossible de ne pas se faire repérer.

Une autre alternative plus discrète, qui demande moins de travail est de bourrer ma page du mot clé qui m’intéresse. Mais ce n’est pas non plus sans risque. Il faut faire preuve de subtilité.

Pour ce faire, je commence par utiliser un générateur qui me crée un petit texte tout simple comme celui-ci par exemple:

Spammeur

« Bienvenu sur ce site de spammeur. Ceci est du spam généré par un logiciel. Le but de ce texte est de vous montrer que je suis un spammeur. Ce texte ne contient que du spam. Mon site de spammeur va surement être banni par Google. J’ai copié ce spam partout sur mon site. Mes pages sont remplies de propos de spammeur. Vous ne pouvez pas imaginer à  quel point je spam. »

L’inconvénient de ce genre de texte, c’est qu’il est, somme toute, assez facile à  détecter par Google.

On peut essayer de modifier la façon dont il est présenté, grâce à  nos entêtes favorites (ou presque):

Entête 1

Ce site de spammeur ne parle que du spam

Entête 2

Les spammeurs ne devraient pas exister, pas plus que le spam

Ce qui est intéressant ici, c’est que l’on a amélioré la présentation en scindant les propos du spammeur en paragraphes, ce qui casse l’aspect automatique du texte et le rend beaucoup plus humain, donc mieux perceptible pas notre ami Google.

Après, je peux noyer mon mot clé dans des pseudos commentaires.

Commentaires (5)

Charles:
Tu n’es qu’un spammeur

Kathy:
Mais puisque je vous dis que vous n’êtes qu’un spammeur

Elizabeth:
Spam ou spammeur, telle est la question

André:
Franchement, je ne savais pas que tu étais un spammeur.

Philippe:
J’ai vu ton site de spammeur, franchement, il est bien.

Honnêtement, ce n’est pas de ma faute, si mes lecteurs sont eux même des spammeurs; j’ai donc peu de chance d’être banni.

Et finalement, j’essaye de faire passer mes élucubrations de spammeur dans une liste:

– Malgré ce que vous pensez, je ne suis pas un spammeur.
– Ici, je casse la liste pour ne pas me faire repérer.
– Spammeur, spam, spammer, spammeurs.
– Texte crée par un spammeur.
– Et voilà , une autre cassure.

La conclusion de cette petite démonstration vous sera prochainement communiquée.

Lundi 14 avril, 14:30 – Nous sommes quelques mois plus tard et je suis désormais 3ème.
Lundi 13 aoà»t 2007, 20:18 – Au cas où vous l’auriez pas remarqué, je cherchais à  me positionner sur le mot-clé « spammeur« .
Samedi 11 aoà»t 2007, 10:34 – 5ème sur Google. Mission réussie: je reste sur la première page des SERPS, et Google ne m’a même pas viré.
Mardi 10 juillet 2007, 11:15 – Mes premiers résultats: 7ème sur Google. Ce n’est pas mal, au vue de la rude concurrence.
Samedi 7 juillet 2007, 11:00 – La page a été indexée par Google.
Jeudi 5 juillet 2007, 18:12 – Le snippet du site, l’extrait de la page affiché en descriptif du résultat de recherche, vient d’être modifié par Google. C’est rapide, il n’a fallu que trois heures.

Entretien avec un spammeur de liens

(D’après un article original de Charles Arthur)
Il n’y a rien de personnel dans tout cela.

Sam, appelons-le Sam, préfère conserver son anonymat. Il habite à  Londres dans une maison jumelée disposant de trois salles de bain, conduit une jaguar et possède sa propre société. Mais cette dernière ne fait pas dans le show-business comme l’explique Sam. Spammer les sites Web et les blogs pour propulser en tête des moteurs de recherches ses sites PPC (Pilules, porno et casinos), voila le business de Sam.

Et ce business, Sam le fait très bien. Il pourrait le faire juste pour rigoler, mais cela n’a rien à  voir avec une plaisanterie. Il prétend pouvoir gagner des millions avec ce business. Sam est un spammeur de liens convaincu. Expérimenté en Perl, LWP et PHP, la première expérience de Sam en matière de programmation remonte à  ses 13 ans lorsqu’il vendit un bout de programme à  une société de jeux. Aujourd’hui, il est âgé de 32 ans et nous parle sous le couvert de l’anonymat.

Comment s’y prennent-ils ces spammeurs de liens, (c’est ainsi qu’ils sont appelés génériquement), et aussi pourquoi ? Sont-ils les mêmes que les spammeurs de mails ? Que pensent-ils de leur activité d’un point de vue éthique ? Et comment peut-on les arrêter ? Si vous êtes affectés par ce genre de spam, parce que vous avez un blog, ou un site Web, ou que comme 99% des Internautes, vous tombez par hasard sur le sujet, Sam tient à  rappeler qu’il n’y a rien de personnel derrière tout cela. Ce n’est pas vous qui êtes visés personnellement. Les spammeurs de liens utilisent une faiblesse qui émergea au moment où Google en termina avec l’ancienne méthode des spammeurs qui utilisaient de gigantesques fermes de liens qui pointaient les unes sur les autres afin d’améliorer leur classement dans les moteurs de recherches.

C’était au mois de Décembre 2003: Google mit en place ce que l’on a appelé « l’update Florida ». L’algorithme qui mesurait le classement de popularité d’un site fut modifié : désormais les liens dits de « complaisance » étaient dévalués. Donc si vous aviez une ferme de liens avec différents noms pointant excessivement les uns sur les autres alors votre classement dégringolait, explique Sam.

C’est alors que les spammeurs de liens, qui préfèrent utiliser le terme «optimisateur de moteurs de recherche » , passablement en colère que désormais ce soit le moteur de recherche lui même qui fasse l’optimisation, se tournèrent vers d’autres exutoires, gratuits de surcroit, et passablement appréciés par Google à  cause de la richesse de leur contenu : les blogs. Et plus spécialement les commentaires de blogs où les rédacteurs s’attendent plus à  d’agréables remarques sur ce qu’ils ont écrit qu’à  des liens sur des sites PPC. Mais bon, il n’y a rien de personnel dans tout cela.

« Il était déjà  fréquent de spammer les commentaires des blogs avant l’update Florida, mais la pratique a explosé depuis lors, » explique Sam. « Tout ce dont nous avions besoin, c’est d’un site web qui autorise les interactions. Les galeries de photo, à  base de PHPGallery, qui autorisent les votes et les commentaires sont également des cibles faciles. Car la plupart d’entre elles autorise quiconque à  laisser une remarque. »

Même pour un programmeur moyen, l’écriture d’un programme permettant de spammer les sites web vulnérables ainsi que les blogs, est une chose relativement aisée. Tout ce dont vous avez besoin est une liste immense de blogs, que l’on obtient en cherchant des mots clé, comme « WordPress », « Movable Type » et « Blogger ».

Mais les gens comme Sam sont beaucoup plus efficaces. «Vous pouvez viser entre 20000 et 100000 blogs. Chaque spammer cherche non pas la qualité des sites mais la quantité de liens. Lorsqu’un nouveau format de blog fait son apparition, il faut à  peine y consacrer plus de 10 minutes et développer une méthode pour spammer les commentaires. Un simple script d’une centaine de lignes et le spam peut commencer. Mais vous ne pouvez pas juste allumer votre PC et lui demander d’exécuter le script. Vous risquez d’être repéré par votre FAI et déconnecté; ou bien l’adresse IP de votre machine peut être bloquée définitivement par les blogs visés.

Alors, comme tous les autres spammeurs de liens, Sam utilise les milliers de proxy ouverts présents sur Internet. Ces machines sont, par accident (un administrateur étourdi) ou par conception (un architecte étourdi), utilisables par quiconque pour aller visiter n’importe quel site web. D’habitude conçu pour un usage interne, et permettant ainsi l’exposition frontale d’une seule machine sur Internet, les proxy sont assez difficiles à  sécuriser complètement.

Les programmes de Sam utilisent des centaines de proxy qui vont docilement spammer des blogs et d’autres sites avec le contenu voulu. Ils ont l’habitude de viser plutôt les anciens articles, de sorte que les gens ne les repèrent pas, ce qui n’est pas le cas des moteurs de recherche qui vont systématiquement repérer les liens et les indexer. Et c’est ici qu’il y a une chose intéressante : les spammeurs de liens travaillent pour eux même et agissent de leur propre chef. Leur opérations ne sont pas destinées à  une tiers partie, comme dans le cadre d’un spammeur de mail. (Est-ce que cela signifie que le business n’est pas encore mature ?)

Et voici pourquoi. Lorsque Sam spamme des tonnes de blogs et de sites avec des liens sur ses propres sites, qui sont eux-mêmes affiliés à  de plus gros sites PPC, les gens qui sont à  la recherche de pilules, casino ou pornographie, cliquent depuis ses sites sur ces liens qui les redirigent vers ces sites parents qui payent Sam pour chaque personne les visitant. Selon Sam, ces sites PPC peuvent espérer des revenus de l’ordre de 100 000 à  200 000 livres sterling par mois. Sam obtient un pourcentage non négligeable sur ces ventes.

Peut-être que le système d’affiliation est finalement une forme de délégation: tout en haut de la chaine, les sites obtiennent une multitude « d’ouvriers » qui se démènent pour attirer des visiteurs sur ces sites. Darwin comprendrait. Spammer des liens, malgré l’abus de ressources, est de loin la meilleure façon de procéder, tout comme couper du bois dans la forêt amazonienne ou indonésienne est la meilleure façon d’obtenir beaucoup plus de bois. Après tout, même si cela contribue grandement au réchauffement climatique de la communauté des bloggeurs, et bien la vie continue quand même sur la planète Internet. « Sam, pourquoi ne te contentes-tu pas d’acheter une publicité sur Google ? » Jamais vous n’obtiendrez un tel ratio de clic. En utilisant le spam, vous pouvez obtenir 6 à  7 fois plus de clics ; de plus les publicités sur les moteurs de recherche coutent beaucoup d’argent, parfois jusqu.à  20 livres le clic ! Ici, vous ne payez rien pour obtenir un résultat organique. « Mais qu’en est-il de la morale, vous utilisez la bande passante d’autrui et abusez l’espace des blogs en y insérant des messages commerciaux ? » « La question de la morale est une affaire personnelle. Tant que c’est légal, on continuera. Un argument pourrait être qu’un propriétaire de site accepte finalement implicitement le mécanisme, puisqu’il y autorise les commentaires. »

Quand Sam a commencé ses affaires, il avait comme objectif d’être dans les 6 premiers sur les moteurs de recherche, même si l’objectif suprême est toujours d’être le numéro un pour une phrase du site choisi. « Mais bien entendu, être numéro 2 ou 3, c’est déjà  une réussite ». Curieusement, les rangs 8, 9 et 10 ont des meilleurs taux de conversion. Je ne sais pas pourquoi. Peut être parce les yeux s’y fixent lorsque l’on fait défiler la page. » Et le coà»t de tout cela ? Une fois que le code est écrit, pratiquement rien. « La bande passante est bon marché », dit-il. « Vous lancez votre programme le soir et vous revenez le matin pour voir comment ca s’est passé. »

Et le côté légal de toute cette activité ? C’est ici que Sam met beaucoup de distance entre lui et les spammeurs par mail, particulièrement ceux qui utilisent des virus faits sur mesure et qui transforment votre PC connecté à  la DSL ou au câble en générateurs de spams. « J’utilise des serveurs proxy mal configurés, pas ceux qui ont été piratés et qui sont sous le contrôle d’un étranger. Mais je parle des 7 ou 8 meilleurs spammeurs de liens, et ils n’utilisent pas des PC zombies. Les gens qui spamment les blogs ne viendront pas au spam par mail. »

En utilisant des serveurs proxy, Sam argumente qu’il n’y a rien d’illégal. (Ce qui est apparemment exact dans le sens où la configuration de la machine n’a pas été modifiée) Par contre, l’envoi de virus et l’utilisation de bots est parfaitement illégal. L’argument de la moralité est réservé aux individus. La question de la légalité est un autre débat.

En fait, la loi pencherait plus en faveur de Sam. Il est difficile d’argumenter sur la différence entre une personne utilisant un ordinateur pour poster un commentaire et une personne utilisant un ordinateur qui utilise lui-même un ordinateur pour poster un commentaire. Récemment Google, Yahoo et MSN ont décidé de prendre en compte l’attribut « nofollow » des liens hypertextes. (Empêchant ainsi aux moteurs de suivre les liens). Est-ce que cette initiative mettra un terme aux agissements de Sam et de ses comparses ? « Je ne pense pas que cela aura beaucoup d’effets à  court, moyen et long terme. Les moteurs de recherche sont la cause du problème, on ne suit pas trop ce type de logique, et ils font cela pour apaiser la communauté des bloggeurs. Cela ne fonctionnera pas car la plupart des blogs et des formulaires sont bâtis avec les meilleures intentions du monde; mais même lorsque les gens se rendent compte que leur système a été corrompu, la plupart du temps, ils laissent pourrir la situation. Pour prendre en compte la nouvelle directive des moteurs de recherche, tous les systèmes devraient être mis à  jour. La majorité ne le sera pas. Et les retro liens continueront d’être spammés.

Sam déclare que les spammeurs montent également leur propres blogs et référencient leur articles sur des millions de blogs, ce qui va immanquablement les ramener au spammeur. Mais comment empêcher les spammeur de poster leur liens ? Une bonne méthode est d’utiliser les captchas. Une personne peut surmonter ce type de test, mais pas un ordinateur incapable de lire une image comportant des chiffres ou des lettres déformées. « Même l’authentification de l’utilisateur peut être automatisée » (La commande Unix curl est merveilleusement flexible)

« La façon la plus difficile de spammer est celle qui demande une authentification manuelle telle que les captchas. Ou ceux qui demandent une réponse par email avec un lien de confirmation ; ceci peut toutefois être automatisé. Ceux qui vous demandent de vous enregistrer puis de cliquer sur des liens sont également difficiles à  gérer. Et lorsque le bloggeur change le nom des répertoires où les fichiers sont habituellement stockés, alors c’est un véritable casse-tête car vous devez récupérer la liste des noms de répertoire. »

Pour Sam, chaque jour apporte de nouveaux challenges. Pas seulement de la part des bloggeurs en colère, encore moins des moteurs de recherche qui arrivent avec de nouveaux algorithmes, mais bien des spammeurs de liens. « C’est comme une course de 1500 mètres. Vous êtes un peu en avance et les autres vous rattrapent, » dit Sam. Mais il reste confiant et pense pouvoir rester dans les business de l’optimisation des moteurs de recherche pendant encore un bon moment.

Pourquoi ? Parce que la demande existe. « La réalité est que les gens achètent du viagra, veulent de la pornographie et jouer aux casinos. A partir du moment où les gens en veulent alors il y a moyen de faire de l’argent ». Et même si cela peut nous sembler suspect que la fin justifie les moyens, Sam s’en moque. Il vient d’ajouter quelques milliers de nouveaux blogs à  sa liste et se prépare à  les spammer.
Mais il n’y a rien de personnel dans tout cela, n’est-ce pas ?

Wikipedia met en place l’attribut nofollow

Wikipedia utilise désormais l’attribut « nofollow » sur tous ces liens externes. La raison évoquée est de frapper un grand coup dans la lutte contre les spammeurs de liens.

Les modifications semblent déjà  avoir été mises en place depuis la mi-janvier. Un tel changement ne peut qu’affecter grandement les recherches sur Internet. Wikipedia avec ces millions de pages, dont la plupart d’excellentes factures, pèse très lourd sur les résultats des moteurs de recherche. Google se base sur les liens pour mesurer la pertinence d’une page, et avec cette modification majeure, les liens externes de Wikipedia n’auront plus du tout le même impact.

A l’origine, l’attribut « nofollow » était destiné à  lutter contre les spammeurs qui sévissaient sur les commentaires des blogs. Cette méthode est désormais utilisée sur les wikis : tout lien externe trouvé ne sera plus suivi par les moteurs de recherche.

En s’établissant comme un site d’autorité, Wikipedia a fait beaucoup de bien à  la recherche sur Internet. Un très grand nombre de personnes ont contribué à  son succès en créant un lien vers le Wiki depuis leur site, forum ou blog; cela a aboutit à  la création d’un puissant réseau de liens qui a fait toute la réputation de Wikipedia. Maintenant, la relation est à  sens unique : les Internautes donnent mais n’ont rien en retour, à  savoir un lien depuis ce prestigieux site, ce qui contribue à  enrichir la pertinence des résultats d’une recherche.

Il aurait sans doute été plus simple d’améliorer la modération de la rédaction, il y a tellement de bonnes volontés de ci, de là , prêtes à  travailler et à  donner du temps pour satisfaire la connaissance universelle.
Dommage pour tout le monde.