Ma fibre optique est une histoire de pioche

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Ma connexion ADSL à moi

Pendant de longues années, j’ai dû me contenter d’une malheureuse connexion à deux mégas sans possibilité d’évolution: habitant en zone rurale, et assez loin du DSLAM le plus proche, c’est tout ce qui m’était proposé. Je ne vais tout de même pas me plaindre car un tel débit me semblait satisfaisant. Mais avec le temps, ce que j’ai constaté, c’est que si une infrastructure réseau n’évolue guère, on ne peut en dire autant du Web. Le moindre « gros site » est désormais remplis de widget/popup/popunder vidéo qui ralentissent énormément la machine et surtout sont de gros consommateurs de bande passante. De même, il est plus agréable de visionner un film en HD sur les sites de VOD, comme Youtube en l’occurrence; et malheureusement, avec « juste » une connexion à deux mégas, c’est bien vite limité, surtout si vous êtes plusieurs à la maison à avaler des tonnes de films de Monster High sur Youtube. (Pas moi, hein mais Mlle Pagasa !)

Fibre, étangs et CERFA

Récemment, le conseil général de mon département, l’Ain, s’est lancé dans la construction d’un vaste réseau fibré. Le but étant d’offrir le très haut débit à un département très rural et qui n’avait pratiquement aucune chance que les gros fournisseurs comme Orange ou Numericable viennent un jour tirer la fibre à travers les forêts et les innombrables étangs qui font le charme de la région. A ce sujet, fibrer tout le territoire français devrait prendre encore au moins une bonne centaine d’années si nous continuons sur ce rythme, et ce pour deux raisons. D’abord, fibrer prend bien évidemment du temps et comme à l’accoutumée dans notre beau pays soviétique, tout demande toujours beaucoup de paperasses, d’administration, de réunions, de réunion de préparation à la réunion, d’autorisations, de fonctionnons (si,si), de CERFA, de commissions, de sous-commissions, de sousousou-commissions, de permis de construire, de permis de creuser, de permis de démolir les beaux arbres de la Dombes, une étude d’impact sur la vie des vers de terre et toute une série de formulaires truc/bidule/machin/chouette/pouet-pouet. Et ensuite, le fait est que l’opérateur historique qui est celui qui a certainement le plus de moyens pour fibrer notre glorieux territoire, le bien nommé Orange, vit réellement sur une bien belle rente: chaque opérateur xDSL utilisant son vaste réseau cuivré lui verse une confortable petite dîme. On comprendra alors aisément que ce n’est pas trop dans l’intérêt d’Orange d’accélérer le déploiement de la fibre.

Ma fibre est une histoire de pioche

Bien évidemment, j’ai fini par me lancer tenter et au delà du confort que cela m’apporterait, je pense qu’une maison fibrée est un excellent investissement à long terme, surtout en zone rurale. L’installation de la fibre se passe en deux temps: d’abord une société vient tirer chez vous la fibre; ça, c’est la partie physique. Dans un second temps, un fournisseur d’accès Internet vous délivre le service, il s’agit de la partie logique. Pour cette dernière, le choix n’a pas été trop difficile puisqu’une vieille connaissance de ma part était de la partie; c’est donc tout naturellement chez eux que mon choix s’est porté.

Pour la partie physique, le moins que l’on puisse dire c’est que cela m’aura couté beaucoup d’énergie; mais, comme toute galère qui s’est terminée, je préfère en rigoler maintenant. La chose qu’il faut comprendre, c’est que lorsque l’on vous tire une ligne de téléphone sur du cuivre, votre opérateur fait tout de bout en bout: il tire un câble chez vous jusqu’à son réseau même si celui-ci est très éloigné et vous délivre toute l’infrastructure, qu’elle soit enterrée ou aérienne. A titre d’anecdote et dans le cadre d’une démonstration, Orange m’avait tiré une connexion RNIS en plein milieu d’un champ, il y a une quinzaine d’années. Cette heureuse situation n’est pas forcément le cas dans d’autre pays où c’est à vous à tirer les câbles à travers toute votre jardin pour y rattraper le réseau téléphonique qui court sur les poteaux situés dans la rue. Pour la fibre, c’est pareil: le câbleur vous apporte bien entendu la fibre mais vous devez préparer tout ce qui a attrait au réceptacle de la fibre, à savoir une gaine ou un fourreau et bien entendu une tranchée si vous souhaitez l’enterrer ou les poteaux si vous choisissez une solution aérienne (Très moche).

Dans mon cas, cela s’est vite transformé en une véritable galère ! La fibre arrive juste en face de chez moi à 50 centimètres de mon portail directement dans le réceptacle téléphonique. Depuis ce dernier, un fourreau téléphonique traverse toute mon allée en souterrain jusqu’à la maison où une prise de téléphone sort directement de mon mur. En fait, ce n’est pas véritablement un mur mais du placo. L’idée était donc de faire passer la fibre directement dans le fourreau et de la récupérer via un trou dans ce placo. Malheureusement pour moi, il a été impossible de récupérer la fibre dans la maison: le fourreau était enterré entre deux placo et il aurait fallu pratiquement démolir tout le mur pour la faire sortir correctement. Ceci a clôturé la première intervention du câbleur.

Heureusement, nous avons eu une autre idée: la fibre passerait quand même dans le fourreau téléphonique car de toutes les manières nous n’avons pas le choix car il était hors de question de creuser dans les 50 centimètres de rue mais nous l’interceptons tout au début de mon allée. Pour ce faire, on creuse un trou afin d’y trouver ce fourreau, on le découpe, on sort la fibre que l’on dérive via une tranchée dans l’allée. Ceci fait, on fait passer la fibre par le toit et on la descend à l’endroit que j’avais prévu. J’ai donc pris ma pioche et creusé, creusé, creusé, creusé, creusé, creusé. Il faisait plus de 37 degrés ce jour là mais à cause d’un emploi du temps chargé, je n’avais pas trop le choix. J’ai creusé plus de 50 centimètres en profondeur sans pouvoir trouver ce maudit fourreau. Parallèlement, j’ai mis deux bonnes heures pour faire une petite tranchée. J’ai fini par arrêter, épuisé en regardant avec angoisse l’aspect désormais lunaire de mon allée.

Le câbleur est revenu quelques temps après; Il n’a malheureusement pas trouvé non plus ce diabolique fourreau qui restait introuvable. Ceci a clôturé rapidement la seconde intervention du câbleur qui ne pouvait effectivement pas faire grand chose.

Le week-end suivant, j’ai de nouveau pris ma pioche et creusé, creusé, creusé, creusé pour tenter d’y trouver ce fourreau maléfique. Le problème, c’est que lorsque l’on creuse profond, cela devient vite difficile car il faut beaucoup élargir la tranchée et donc retirer toujours plus de terre. Une espèce de terril a alors commencé à se former dans mon allée, ce qui a condamné l’accès aux voitures, zut, flute alors !

J’ai fini par trouver ce délicieux fourreau à un endroit où il n’y avait bien entendu aucune chance qu’il s’y trouve. La loi de Murphy s’applique donc aussi lorsque l’on creuse un trou avec une lourde pioche. Le fourreau se trouvait à 50 centimètres de profondeur; juste à côté, j’ai creusé jusqu’à 90 centimètres de profondeur, en vain, cela va de soi.

Quelques jours plus tard, le câbleur est revenu pour enfin me connecter. Il est donc parti du réceptacle téléphonique, a passé la fibre dans le délicieux fourreau, l’a percé pour y extraire la fibre qui a été dérivée dans une gaine elle-même enterrée dans une tranchée. Cette gaine arrive dans mon toit et descend dans la maison pour y être connecté au modem fibre. L’opération a quand même pris quasiment trois heures, ce n’est pas une mince affaire.

Et maintenant

Le modem est directement relié en Ethernet à mon MAC Mini qui est lui même relié à un routeur WIFI qui arrose toute la maison et même au delà. Le téléphone est également connecté sur le modem fibre. J’avais aussi la possibilité d’avoir la télévision mais ne regardant plus trop les aventures de Tintin au pays du fisc, je n’ai pas saisi cette chance. Les performances sont très bonnes. Sur le MAC, il m’arrive de décharger à 10 MB par seconde. Bien entendu, sur le WIFI, les performances sont moindres, autour de 2,5 MB par seconde, mais c’est largement confortable. Pour l’heure, je n’ai jamais eu de grosses pannes à déplorer. En bref, si vous souhaitez devenir mineur, tout comme je l’ai été pendant quelques jours, foncez, creusez et la fibre, c’est formidable !

6 commentaires sur “Ma fibre optique est une histoire de pioche

  1. La chance que tu as ! Certes il a fallu te donner du mal mais avoir la fibre à la campagne quel pied :O

    Pour info j’habite à 15 bornes d’une ville en partie fibrée et ça n’empèche que la zone n’est pas dégroupée (l’ADSL y est pourtant présente depuis environ 7 ans) et que le débit plafonne à 100Ko/s chez Orange… L’horreur…

  2. Edit: depuis, j’ai acheté un routeur 802.11n. Après quelques réglages, je me connecte sans problème à 150 mégas sur le LAN. Les quelques tests ont montré des téléchargements à plus de 4,5 mégas seconde, une paille !
    Thibaut Articles récents…Les sites marchands sous Tor et I2PMy Profile

  3. Salut tu dis que t’as passé la fibre par ton toit, tu l’as fait grimper le long de la goutière?
    j’ai la même chose à faire :)

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